Juste 1 dollar par jour

L’envie de me poser quelque part et un compte en banque qui se vidait plus vite que le réservoir qu’il avait rempli de diesel plus tôt m’ont amené jusque Brisbane, la capitale du Queensland, où j’ai séjourné trois mois. Avec ses 2 274 600 habitants, « Brissy », est la troisième plus grande ville d’Australie après Sydney et Melbourne. Si elle est l’une des seules métropoles australiennes à ne pas avoir un accès direct à la mer, elle offre l’avantage d’être beaucoup plus abordable (notamment pour le logement) que ses deux sœurs orientales. Sa situation est également idéale car elle se situe à une heure de Gold Coast (pour les surfeurs) et à deux heures de Byron Bay.

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Brisbane offre un cadre de vie très agréable qui ne se démarque toutefois pas des autres villes, qui sont de toute façon toutes très similaires. Le milieu urbain australien ? Un centre-ville (CDB), où les gratte-ciels fleurissent, entouré de banlieues toutes identiques qui s’étalent sur des kilomètres. Le trait rectiligne d’Hippodamos et les maisons en tôle rendent les lieux monotones et me font évoquer avec nostalgie ces contrées où il existe encore des rues sinueuses, témoins de moultes périodes historiques dont les vestiges se superposent. Il existe cependant à Brisbane une particularité architecturale : « Old Queenslander ». Un type de maison adapté aux climats subtropicaux de la région (il fait chaud dans le « Sunshine State » !) qui a la particularité d’être construite en hauteur, offrant un sous-sol permettant notamment l’aération de l’habitation.

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Si j’ai bien sûr visité quelques chouettes endroits, comme le très beau Queensland Gallery of Modern Art ou encore Mt Coot-tha, j’ai surtout passé mon temps à travailler comme « street fundraiser ». Le « street fundraiser », c’est cette personne que tu évites dans la rue quand tu te souviens tout d’un coup que tu es en retard pour attraper ton train (excuse d’ailleurs totalement bidon en Belgique #SNCB). Tu l’évites car tu sais que si tu as le malheur de t’arrêter, elle ne te laissera pas repartir sans que tu lui aies refilé tes données bancaires et la promesse de verser à son association « juste quelques euros » par mois. J’ai évidemment eu de grosses appréhensions mais le job offre un salaire intéressant et surtout l’occasion de travailler du lundi au vendredi ce qui est beaucoup plus confortable que de faire à nouveau la plonge pendant quelques heures le week-end…

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Après avoir passé l’entretien avec succès, je reçois un mail m’indiquant que je peux commencer le lundi suivant pour représenter « Cancer Council ». D’un naturel curieux (anxieux ?), je profite du weekend pour me renseigner sur le poste. Les quelques articles de blogs que je trouve sur le sujet sont plutôt négatifs : travail sous pression, énorme turnover, mauvaise ambiance, … Beaucoup de frustrations !

Et il est certain que ce job peut apporter beaucoup de frustrations. Rester debout toute la journée à recevoir 90% de réactions négatives n’est pas toujours facile. Entre les innombrables « I’m in a rush », « I have a meeting », « I’m late », « No, thank you », « Not today » ou encore « Fuck off » (mon préféré), la tentation de claquer la porte est grande et c’est d’ailleurs ce que beaucoup font. Il est essentiel de garder le sourire en permanence car chaque personne est un donneur potentiel. Il faut être honnête là-dessus, presque tout le monde a les moyens d’offrir un dollar par jour à la recherche sur le cancer. En théorie, ça devrait donc être simple…

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En théorie seulement. On sait que l’être humain, qu’importe son origine ou sa classe sociale, a plus tendance à avoir des oursins dans les poches qu’à « faire pleuvoir » comme on dit. Et c’est là qu’il redouble de créativité pour justifier le fait qu’il ne veuille pas mettre la main au porte-monnaie. Passés les arguments classiques du type : « je dois en parler à ma partenaire » ou encore « je n’aime pas donner mes coordonnées à n’importe qui » (contre lesquels le « fund raiser » reçoit d’ailleurs un argumentaire), il peut parfois être très inventif. Comme le fameux complotiste pour qui le cancer est une invention des gouvernements pour enrichir « big pharma » et qui te bombarde de punchlines « brillantes » comme « fais tes recherches ! », « un remède existe mais le pouvoir le cache ! » ou encore « l’huile de cannabis guérit les tumeurs ». La palme d’or de la connerie revient à ce gars qui m’a affirmé que les gens ont des cancers car le karma les punissait d’agissements mauvais qu’ils auraient commis dans une autre vie.

Si elles sont moins nombreuses, il existe heureusement des personnes qui sont prêtes à donner spontanément. Elles ont souvent un membre proche qui a été touché par la maladie (ou parfois elles-mêmes) et comprennent probablement mieux l’impact que leur soutien apportera aux malades et à la recherche.

Il est vrai qu’il peut-être irritant de voir tous les jours des gens dans la rue qui te réclament de l’argent, qu’il est difficile de choisir parmi toutes ces associations, que la mauvaise image de certaines d’entre-elles dans les médias représente un frein et que les ONG n’ont pas le monopole des solutions à apporter aux problèmes dans nos sociétés (les politiciens et les multinationales ont aussi des bonnes idées). Mais l’impact de cette donation mensuelle est réel, qu’elle aide la recherche sur le cancer ou qu’elle permette à un enfant thaïlandais d’accéder à l’éducation.

Ces deux mois passés à bosser pour The Fundraising People m’ont beaucoup appris. Au niveau des compétences développées par exemple : progression en anglais, confiance en soi et aptitude à la vente.  Ou encore sur les gens eux-mêmes, à force d’observer leurs réactions, de leur parler et de les convaincre de signer.

Enfin, ce job m’a permis de rencontrer beaucoup de collègues avec qui j’ai passé de très bons moments et sans lesquels l’expérience n’aurait pas été la même.

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